Savoirs sensibles : le design au-delà des mots
Quand le savoir échappe aux mots : l’émergence des « savoirs sensibles »
Au cœur de la recherche contemporaine, une révolution silencieuse est en marche. Elle questionne la primauté du verbe et de l’écrit comme uniques vecteurs de connaissance. Dans des disciplines où la création et l’expérience sont centrales, comme le design ou l’art, une nouvelle typologie de connaissances émerge : les savoirs sensibles. Ces derniers, issus de la recherche-création, proposent une manière de comprendre et de transmettre qui intègre le corps, l’intuition et l’expérience vécue, défiant ainsi les canons de l’écriture académique traditionnelle.
Cette réflexion épistémologique, loin d’être anecdotique, se structure et se formalise, notamment à travers des travaux universitaires qui tentent de dessiner les contours de ces nouvelles formes d’écriture et de savoir. Comment, dès lors, communiquer ce qui se ressent plus qu’il ne se dit ? C’est le défi que la notion de « savoirs sensibles » entend relever.
Le carcan du texte : un paradigme à dépasser
Le problème fondamental auquel répondent les savoirs sensibles est celui des limites du langage. La communication scientifique, historiquement fondée sur le texte, peine à capturer la richesse des processus de création. Le design, l’art, ou même l’anthropologie, manipulent des réalités – formes, textures, interactions, rituels – dont la transcription écrite ne constitue souvent qu’un pâle reflet. Cette réduction textuelle occulte une part essentielle de la connaissance produite : la dimension sensible, incarnée et expérientielle.
L’enjeu n’est pas de rejeter le texte, mais de reconnaître son insuffisance et de lui adjoindre d’autres formes de restitution qui rendent justice à la complexité du réel exploré.
La solution : formaliser l’ineffable par la recherche-création
Face à ce constat, la solution émerge du champ même de la pratique. Des études approfondies en design ont permis de dégager une véritable « typologie de connaissances propres à la recherche en design », explicitement nommée savoirs sensibles. Cette formalisation est cruciale : elle transforme une intuition diffuse en un objet d’étude structuré. Comme le montrent des travaux de recherche récents une typologie de connaissances propres à la recherche en design, il ne s’agit plus seulement d’une approche, mais bien d’une catégorie de savoirs identifiés et analysés.
Cette démarche trouve son écho dans le développement des « écritures sensibles », qui se situent à la croisée de plusieurs disciplines. Une réflexion épistémologique sur ces formes de recherche est en cours, liant l’art, le design, l’anthropologie et l’ergonomie esquissant un rôle nouveau pour le designer-chercheur. L’objectif est de créer de nouveaux langages, de nouvelles grammaires communicationnelles capables d’intégrer l’image, le son, le geste, ou l’objet lui-même comme parties intégrantes de l’argumentation scientifique. Pour mieux visualiser ce que peuvent être ces nouvelles formes de restitution,
offre des exemples concrets de projets de recherche-création.
L’AVIS DE L’EXPERT : Qu’est-ce que la recherche-création ?
La recherche-création est une démarche où le processus créatif (la conception d’un objet, la réalisation d’une œuvre) n’est pas seulement l’objet de la recherche, mais sa méthode même. L’acte de « faire » devient un moyen de produire de la connaissance. C’est dans ce cadre heuristique que les savoirs sensibles prennent tout leur sens, car ils naissent directement de la pratique et de l’expérimentation. Ils esquissent ainsi un rôle renouvelé pour le chercheur-créateur formes sensibles d’écriture de la recherche, qui devient à la fois penseur et praticien. Cette approche redéfinit les frontières de la l’intuition au cœur du design et de la production de savoir.
Vers une communication enrichie et plurielle
L’émergence des savoirs sensibles ne signe pas la fin de l’écriture, mais annonce plutôt son augmentation. En validant des formes de connaissance non-textuelles, la recherche académique s’ouvre à une plus grande richesse et à une meilleure adéquation avec ses objets d’étude, notamment ceux qui relèvent de l’expérience humaine. Cette évolution paradigmatique nous invite à repenser nos propres modes de communication et la manière dont nous validons le savoir.
Cela pose des questions fondamentales pour l’avenir : comment évaluer rigoureusement un « savoir sensible » ? Quels seront les formats et les plateformes de diffusion pour ces nouvelles écritures ? En explorant ces pistes, nous pourrions non seulement transformer la recherche, mais aussi enrichir notre compréhension collective du monde. Le développement de ces nouvelles approches est un enjeu majeur pour l’avenir de l’comment le design réinvente l’écriture et de la pensée critique. Et vous, êtes-vous prêt à lire au-delà des mots ?
Questions Fréquentes (FAQ)
Qu’est-ce que les « savoirs sensibles » dans le contexte du design ?
Il s’agit d’une typologie de connaissances spécifiques à la recherche en design qui ne sont pas purement textuelles. Elles intègrent des dimensions sensorielles, émotionnelles et expérientielles issues directement du processus de création et de l’interaction avec les objets ou les environnements.
Quels sont les domaines concernés par cette approche de la recherche ?
L’approche des « écritures sensibles » est interdisciplinaire. Elle se situe à la croisée de l’art, du design, mais aussi de sciences humaines comme l’anthropologie et l’ergonomie, où l’expérience vécue est un élément central de l’analyse.
Quel est l’objectif de développer des « écritures sensibles » ?
L’objectif est de mener une réflexion épistémologique sur la communication de la recherche. Il s’agit de proposer et de légitimer des formes de restitution qui dépassent le texte seul afin de mieux rendre compte de la complexité de l’expérience humaine et de la connaissance générée par le processus de création.



Laisser un commentaire